De nombreux artisans

Les villageois possédaient parfois un cheval ou un boeuf [1], plus rarement deux, des poules, des lapins, un cochon, des moutons aussi, pour la laine, que travaillaient au métier quelques tisserands, notamment François Brizault, Pierre Drut et plusieurs membres de la famille Bonneau. Ceux-ci produisaient des tissus ou de la toile de chanvre dont on ferait des draps et autres linges. Leurs femmes les aidaient à filer la laine et le chanvre, avec la quenouille et le rouet. À un niveau plus qualifié, le sergetier Jacques Aubin fabriquait des tissus de soie ou de laine destinés à l'habillement. Nombre d’entre eux venaient des paroisses voisines, comme Pierre Guillebot, de Thorigny, Pierre Izambert, du Cormenier, François Sorigny, d'Usseau et Jacques Vivier, de Chizé. Certains ouvriers cardaient (peignaient et démêlaient) la laine, qu’ils revendaient ensuite, comme Pierre Arnault dit Bannoir, Jean Deschamps et Joseph Rolland.


Le tisserand

La paroisse comptait de nombreux commerçants et artisans, dont certains de passage qui colportaient leur savoir-faire ou leurs marchandises. Parmi les marchands, il y avait de riches propriétaires, comme François Bastard de Crisnay, François Jousseaume-Beaupré et Henri Jousseaume, ces deux familles gérant les fermes du prieuré. Mais les autres étaient généralement de condition plus modeste. On relève Pierre Allain, Pierre Fraigneau et Isaac Louvrier, Pierre Chambon qui faisait commerce du bois de la Foye, Jean Fabre, chaudronnier, René Texier, taillandier, Étienne Mirambeau, venu de Saintes, René Rimbault, originaire du Petit-Prissé, et Charles Sauvaget de la paroisse d’Usseau. 

Sur la Grande Rue, on trouvait au moins deux maîtres boulangers, Louis Gaboriaud et Jacques Gilbert [2], le boucher Pierre Tallon, le barbier Louis Bodin et le sabotier Pierre Papineau. Il y avait aussi des maréchaux-ferrants pour ferrer bœufs et chevaux, comme René Louvrier, Louis Piget, René, Pierre et Pierre François Rimbault, ces derniers père et fils ; les maçons Pierre Favriou, venu de Niort, Simon Morlier, les frères Jean et Pierre Bonnin, dont le père était arrivé de Pont-Saint-Martin dans le Limousin, en 1746 ; les charpentiers Jacques et Louis Arnault, Louis Bodin, Joseph Geoffroy et François Piboleau ; les menuisiers François Dupont et Alexandre Grimaud. Pierre Chambon, marchand de bois cité plus haut, était également scieur-de-long avec Pierre Pouron de Chizé. [3]



---
Notes
---

[1] En 1750, la Foye comptait vingt-quatre petites métairies « à deux bœufs ». Avant cela, un recensement de 1716 témoignait déjà de l'usage des boeufs dans cette paroisse « pour la culture des terres ». Mais en 1875, Maxime Arnaud rapporte qu'il n'y avait plus ni boeufs ni vaches dans la commune, sans doute en raison du développement intensif de la vigne à cette époque, antérieure à la crise du dernier quart du XIXe siècle.    [<-]

[2] Il n'est pas surprenant de trouver deux boulangeries sur la rue principale de la Foye aux alentours de 1788. Les gens consommaient autrefois beaucoup plus de pain qu'aujourd'hui : « selon Vauban, pour une famille de journalier de quatre personnes dont deux enfants, la consommation annuelle de blé – moitié seigle, moitié froment – était d’environ 800 grammes par jour et par tête. » [Source : Histoire-Généalogie, Les salaires de nos ancêtres]. Et en dépit du travail domestique des femmes, qui se servaient du four banal pour cuire leurs propres pains (moyennant paiement de la taxe, donc ce pain avait lui aussi un coût), le pain représentait les trois quarts de l'alimentation des paysans, et les gens devaient en acheter régulièrement. Le nombre de boulangers diminua au cours du XIXe siècle avec l'introduction d'autres aliments, dont en particulier la pomme de terre.

Sous l'ancien régime, il y avait en moyenne un boulanger pour 600 personnes (un peu plus à la Foye : deux pour 800). Cette proportion se retrouve dans les statistiques pour la ville de Paris : « [de nos jours] une profession présentement encombrée est celle des boulangers. Or cet excès jadis était bien plus grand. Pour 2 400 000 âmes le Paris de 1896 contient 1 522 patrons boulangers ; pour 500 000 âmes, le Paris de 1721 en contenait 757 ; ce qui revient à dire que, pour 10 000 habitants, il se trouvait 15 boulangers sous le Régent, et qu’il s’en trouve un peu moins de 7 sous la troisième république. »  [Source : Paysans et ouvriers depuis sept siècles (Wikisource)].
   [<-]

[3] Pour marquer les planches à couper, les scieurs-de-long appliquaient du « moret » fait avec de la paille brulée, et qui sert à tracer. La longue scie à deux mains s'appelait le « godlan » (cf. Dictionnaire éthymologique du patois poitevin).    [<-]


---