André Jules Bory


L'église Saint-Simon et Saint-Jude à la Foye-Monjault,
où officia le père Bory de 1763 à 1789.

André Jules Bory naît à Paris le 17 août 1717, paroisse de l'église Saint-Roch, dans le 1er arrondissement. Il est le fils de Charles Gabriel Bory, Grand Maître des Eaux et Forêts de la Généralité d'Orléans, et de Jeanne Flory de Lessart [1].

Après des études au collège Mazarin (humanité et philosophie), âgé de 18 ans, il est admis à l'Oratoire de la rue Saint-Honorée [2]. Il en ressort prêtre en avril 1757 [3]  et part enseigner à l'Oratoire de Niort. L'un de ses premiers élèves fut Jean-Joseph Mestadier, natif de la Foye, qui deviendra évêque constitutionnel des Deux Sèvres.

Fiche des archives de l'Oratoire se rapportant à Bory,
indiquant qu'il était pensionné à l'Oratoire pour une somme
de 400 livres par an, plus 200 pour ses études.

Après quelques années, Bory quitte cet établissement qui connaît alors une période de crise : passées les querelles qui opposèrent en son sein les partisans du jansénisme aux autorités ecclésiastiques de l'institution, s'ajoute l'état de délabrement des bâtiments et des classes. Le budget de l'Oratoire dépendait de la ville de Niort, et il avait été fortement diminué en raison des coûts générés par les conflits militaires sous Louis XV.

En mai 1759, alors qu'il est toujours enseignant, Bory est parrain à Niort d'André Augustin Vien, fils cadet d'une famille de maçons. Mais bien plus parrain ni même curateur, c'est avec l'amour d'un père adoptif qu'il veillera sur l'éducation, puis plus tard sur la carrière de son filleul [4].

En août 1763, il est nommé curé de la Foye-Monjault, où il sera connu pour la sévérité et l'austérité de son caractère, comme en témoignera plus tard l'écrivain Louis de Fontanes.

Louis de Fontanes
En 1764 ce dernier est placé en pension à la Foye, afin qu'il y fasse son éducation. Son père, Pierre Marcellin, est alors inspecteur des manufactures de Niort. Ce sont peut-être des difficultés financières qui justifient cette décision, autant que les mauvais résultats scolaires de son frère ainé Dominique, alors inscrit en 5ème au collège de l’Oratoire. Dominique souffre d'un mauvais état de santé, et il supporte mal la sévérité réputée du Père Rouge de Montant, son professeur.


Si ce choix s'avère économique, les deux élèves n'y gagnent pas au change quant à la sévérité de l'éducation. D'ailleurs, Dominique retournera à l'Oratoire l'année suivante. Le jeune Louis, en revanche, mène une vie difficile : Bory l'envoie au beau milieu de la nuit évoquer le Saint-Esprit, à la lueur d'une chandelle, et il lui faut traverser le cimetière... On parle de « tortures physiques et morales », si bien que le jeune homme, âgé de seulement onze ans, s'enfuie à la Rochelle en 1768. Il tentera de s'y embarquer comme mousse, mais il est rattrapé à temps et inscrit à l'Oratoire où il retrouve son frère.

Bory n'en fut pas moins un professeur efficace, puisque Fontanes sera l'un des meilleurs élèves de sa promotion. Autre paradoxe, l'écrivain gardera toujours pour lui un profond respect : il écrivit un jour à son ami, l'essayiste Joubert, « j'aimerais mieux me refaire chrétien comme Pascal ou le Père Bory, mon professeur, que de vivre à la merci de mes opinions ou sans principes comme l'Assemblée nationale... »

En 1785, le curé évoque brièvement dans les registres paroissiaux l'affaire du meurtre de Pierre Arnault, dit Bernuchon, dans l'acte de décès de ce dernier. À cette occasion, il n'hésite pas à rapporter la rumeur selon laquelle le coupable aurait été Louis, le frère du défunt.
















À l'annonce des États-géneraux, en 1788, Bory a 71 ans. C'est un orateur janséniste engagé, favorable à l’opposition parlementaire et aux idées révolutionnaires. Sa philosophie n'a évidemment rien à voir avec l'anticléricalisme de Voltaire. Par vocation, ce fils de grand notable parisien est devenu « simple curé » de campagne. Relativement à son rang, il est pauvre et considéré comme un saint par ses paroissiens : on rapporte qu'il dort sur un lit de javelles et de cendres.

En réalité, cette image d'Épinal est à tempérer : jusqu’en 1789, la cure lui avait rapporté un salaire de 700 livres par an. À elle seule, cette somme lui permet de vivre convenablement. Certes, c'est là une aisance relative, qui n'a de sens que comparée au niveau de vie très modeste de ses paroissiens, dont une partie, selon la saison, se trouve réduite à mendier.

Comme nombre de ses contemporains, Bory a toujours pour souci de paraître plus pauvre qu’il ne l’est vraiment. Non pas qu'une telle attitude soit nécessaire d’un point de vue fiscal : contrairement à la majorité, qui vit dans la crainte permanente d’une augmentation de l’impôt –dès lors qu’on vienne à les croire plus riches–, lui est exempt de la taille. Mais il veut être vu comme solidaire de ses ouailles. D’où le mythe du saint « dormant sur un lit de javelles et de cendres », qu’il s’est forgé, mais qui pâlit en regard des 1800 livres de pension annuelle qu’il reçoit de l’héritage de sa mère [5].

Bory prend sa retraite à la veille de la Révolution, en juin 1789. Son sacristain Jean Bonneau, tout aussi âgé que lui, en fait autant. Il n'en participe pas moins à l’assemblée municipale de la commune aux côtés de son filleul Vien, devenu grâce à lui notaire et procureur, et de Pierre Bodin, autrefois son sacristain, devenu quant à lui syndic de la Foye.

Mestadier fait appel à lui en 1791, suivant sa nomination au poste d'évêque. Il lui donne le titre de vicaire supérieur, mais Bory est alors trop âgé. Il ne reste pas à Saint-Maixent où son ancien élève a élu de siéger.

Dès 1792, il est assisté d'un domestique, Louis Babin, qui est aussi celui du sacristain Pierre Géoffriau. Il continuera de participer aux activités religieuses jusqu'à l'arrêt du culte en 1793.

Nul doute que la déchristianisation de la France des années 1792-93, suivit par la destruction partielle de son église en janvier 1794, dû le remplir d'amertume, lui qui avait été si favorable aux idées nouvelles. Avec l'âge, le vieil orateur avait perdu de sa superbe. Et puis, comme tant d’autres, il était devenu prisonnier d’une contradiction, entrainé dans un mouvement politique qui condamnait à terme tout ce qu’il représentait.

En janvier 1794, il rend ses lettres de prêtrise au département des Deux Sèvres, à l'instar de plusieurs curés de la région, ce qui équivaux à une apostasie. Est-ce de sa part un renoncement sincère ? Adhère-il à ce point aux idées révolutionnaires, renforcées par les sentiments qui le lient à son filleul, aux membres de l’assemblée et à ses paroissiens ? Ou bien reste-t-il conscient des risques qu’il courre s’il venait à être mal vu ?

C'est un secret qu'il emporte avec lui. Il décède trois ans plus tard au village, le 3 février 1797, âgé de 80 ans.










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Note généalogique
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Comme tous les curés de paroisse, Bory s'occupait des registres paroissiaux : il s'applique au départ, mais à partir de 1765-66 il prend l'habitude d'abréger de nombreux prénoms et de les réduire à des initiales. Il éprouvait visiblement de grosses difficultés à se remémorer les noms de ses paroissiens, même après plusieurs années en office, car il cite ainsi les témoins : « étaient présents le frère, la soeur, la tante, la mère, le cousin, etc. » d'untel, sans donner leurs noms (en décembre 1785, il relate le décès de la petite Marie ARNAULT comme étant la « fille du tisserand de Limouillas », en l'occurrence Pierre Isaac ARNAULT). Si avec Bory nous sommes loin des lacunes héritées des curés Macarthy et Ligault, il reste qu'il négligea lui aussi de rapporter un certain nombre d'actes. En témoignent dès 1782 ceux rajoutés verticalement dans la marge, ainsi que ceux reconstitués au début du XIXe siècle (comme pour le baptême de François BARREAU en 1782), ayant contraint les paroissiens à la recherche d'un certificat de baptême, de faire reparaître parrain, marraine et témoins devant les autorités. Bory s'absenta du 1er janvier au 3 avril 1774 (et fut temporairement remplacé à la rédaction des actes par Arnault, curé du Cormenier, Fournier, curé de Vallans, et Marchet, devenu entretemps curé de la Rochénard).


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Notes
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[1] À son décès, Charles Gabriel Bory portait aussi les titres de 
« Lieutenant du Roi de Franche-Comté, Commandant de l'Ordre de Notre-Dame de Montcarmel et de Saint-Lazare de Jerusalem ». Archives municipales de la Foye-Monjault et archives de l'Oratoire de Niort (Alain MISKOVIC).   [<-]

[2] Oratoire de Jésus-et-Marie-Immaculée, aujourd'hui Temple protestant de l'Oratoire du Louvre (depuis 1811). Bory y entre le 25 novembre 1735.   [<-]

[3] Prêtre « vêtu », comme l'indique sa fiche, le 25 novembre 1755. À Niort, il assista aux assemblées de l'Oratoire d'octobre 1758 et 1761. Celles-ci avaient également lieu à Paris et comportaient une réflexion globale du Supérieur Général sur l’état de la congrégation, les élections des différents représentants, visiteurs, archivistes etc…. Les assemblées de Niort devaient donc être des comptes rendus des députés aux membres de la maison : une revue des comptes de la congrégation, des réflexions sur le règlement, des rapports sur les maisons et des prises de décisions sur l’évolution à donner à la congrégation [Alain MISKOVIC].   [<-]

[4] Ce ne fut pas là sont seul rapport avec les maire de la commune, puisque Pierre BODIN, premier maire élu en 1790, servi auparavant comme sacristain de Bory, de 1763 à 1772.   [<-]

[5] Archives municipales de la Foye-Monjault, convocation de Bory du 7 avril 1794 (18 germinal an II), où il fait état de cette pension. Bory pourrait l'avoir touché dès 1774 (délivrance des legs, acte passé chez Me Pierre CORDIER à Paris, Saint-Sulpice, le 6 juin).   [<-]


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