Jean-Pierre-Louis de Fontanes


Jean-Pierre-Louis de Fontanes (1757-1821), professeur de belles-lettres
né à Niort, comte d'Empire et ministre de Napoléon,
membre du Collège des Oratoriens de Niort. Il eut pour professeur
le père Bory, curé de la paroisse.

Louis de Fontanes passa quatre années à la Foye, de 1764 à 68 (âgé de 7 à 11 ans). Son père l'avait confié, avec son frère Marcelin (1751-1772), à André Jules Bory, ex-professeur de l'Oratoire nommé curé de la paroisse en août 1763. Bory fut chargé de leur éducation en préparation de leur admission à l'Oratoire.

Dans un roman dressant le portrait de l'essayiste Joseph Joubert, contemporain et ami de Louis de Fontanes, André Beaunier le décrit ainsi :
Louis de Fontanes fut, tout enfant, confié à un certain Père Bory, curé d'un village voisin de Niort, La Foye-Monjault. Ce Père Bory, ancien oratorien et janséniste redoutable, fit pendant quatre ans au petit garçon la vie la plus sévère et rude. Il « noircissait de terreurs » l'âme de son élève, dit Sainte-Beuve d'après la chanoinesse. Il l'envoyait, de nuit, invoquer l'Esprit-Saint dans l'église : et il fallait traverser le cimetière. Il ajoutait à ce traitement moral des duretés physiques, si bien que le gamin se sauva et allait s'engager comme mousse à La Rochelle, quand on le rattrapa. Après son équipée de La Rochelle, le petit Fontanes n'eut pas à retourner chez le terrible père Bory : on le mit au collège des Oratoriens, à Niort. Il avait onze ans ; et il n'avait pas perdu son temps auprès du pédagogue de La Foye-Monjault, car il put entrer en seconde et termina, dès la première année, premier de sa classe.

Selon Charles Causeret :

Jean-Pierre-Louis, marquis de Fontanes, naquit à Niort, le 6 mars 1757, d'un père protestant et d'une mère catholique. Baptisé à l'église de Notre-Dame par la volonté expresse de sa mère, il fit ses études chez les oratoriens. Ses humanités étaient à peine achevées qu'il devint le chef de la famille par la mort de son père et celle de son frère.

Comme il ne jouissait d'aucune fortune, il chercha dans une position lucrative de quoi subvenir à son existence et exerça d'abord les fonctions d'inspecteur des manufactures; mais cette situation ne répondait ni à ses aptitudes, ni à ses goûts.

Sa mère s'étant retirée du couvent des dames hospitalières à Niort, il règle ses affaires domestiques et se rend à Paris, sous prétexte de réclamer une pension à raison des services rendus par son père, mais, en réalité, pour se consacrer tout entier à l'étude des lettres. Il ne tarde pas à s'y faire un nom par quelques poésies qu'il fait paraître dans le Mercure et dans l'Almanach des Muses. De Paris, Fontanes passe en Angleterre, où il commence la traduction en vers français de l'Essai sur l'homme de Pope, et, après un long voyage en Suisse et dans plusieurs provinces de France, il vient se fixer définitivement à Paris. La traduction de l'Essai sur l'homme paraît en 1783. En 1788, Fontanes publie son poème du Verger et, en 1789, son Poème sur l'édit en faveur des non-catholiques, que couronne l'Académie française.

Marié à la fille d'un marchand miroitier de Lyon, il subit dans cette ville toutes les horreurs de la guerre civile et rédige au milieu des ruines une protestation contre les violences et les cruautés de la Convention. Il émeut même un instant la redoutable Assemblée au récit des atrocités commises par les Collot-d'Herbois, Fouché et autres proconsuls. Proscrit lui-même pour cet acte de courage, il ne sort qu'après le 9 thermidor du lieu secret où il s'est réfugié, et il est nommé membre de l'Institut (novembre 1793) et professeur de littérature à l'École
centrale des Quatre-Nations. Aux fonctions de professeur, il joint les occupations du journaliste et paye par la peine de la proscription la part qu'il a prise, avec La Harpe et l'abbé Vauxcelle, à la rédaction du Mémorial, journal hostile au Directoire.

Revenu dans sa patrie après le 18 brumaire, il entreprend, de concert avec Chateaubriand qu'il a connu en exil, la rédaction de la Minerve, et tous deux s'adjoignent pour collaborateurs La Harpe, Esménard et de Bonald. Admis dans la société élégante et lettrée de Mme Bacciochi, Élisa Bonaparte, il attire sur lui l'attention de Lucien Bonaparte, qui
lui confie une division de son ministère et le désigne, lors des fêtes organisées par le premier consul en l'honneur de Washington, pour célébrer l'éloge du libérateur de l'Amérique. Cet éloge, qui s'adressait à Bonaparte aussi bien qu'à Washington, fixe la réputation de Fontanes comme orateur, en même temps qu'il lui concilie les bonnes grâces du premier consul. C'est à cette amitié puissante qu'il doit d'être élevé, en 1804, à la présidence du Corps législatif, fonction qu'il exerça, d'une façon continue, du commencement de 1804 à la fin de 1808.

Nommé grand-maître de l'Université en 1808, Fontanes ne put exercer qu'une influence très limitée sur un système général d'éducation dont l'objet principal était de faire des soldats. Le 5 février 1810, il est appelé au Sénat : il était déjà comte de l'Empire et commandant de la Légion d'honneur. Le Sénat conservateur ayant été, au mois de juin 1814, réorganisé sous le nom de Chambre des pairs, Fontanes est désigné pour y siéger.

Cependant des critiques, d'abord dissimulées et discrètes, sont bientôt dirigées plus franches et plus vives contre le grand-maître de l'Université. Un libelle intitulé l'Université et son Grand Maître donne le signal de la guerre livrée par la presse à Fontanes ; une modification dans l'organisation de l'Université devient un prétexte d'en changer le chef. On essaye de lui donner une compensation en lui conférant le grand-cordon de la Légion d'honneur et le titre de marquis ; mais ni l'une ni l'autre de ces hautes distinctions ne purent le consoler de sa disgrâce.

Inactif et absent de Paris pendant les Cent Jours, il préside, après le retour du roi, le collège électoral du département des Deux-Sèvres et, en septembre 1815, il est nommé ministre d'État et membre du Conseil privé. Il mourut à Paris le 17 mars 1821, à l'âge de soixante-quatre ans.

Après la mort de Fontanes, tous ses manuscrits devinrent la propriété de sa fille unique, Mme la comtesse de Christine. Retirée à Genève depuis plusieurs mois, elle ne paraissait pas songer à tirer parti de ce précieux dépôt, quand M. de Saint-Beuve, qui voyageait alors en Suisse, la décida à lui remettre ces oeuvres éparses pour les rassembler et les publier.

Charles Causeret
Deux Sèvres, 1894, p51