La poste


Les débuts
Avant la révolution, presque aucun courrier ne circulait dans la région. Les seuls bureaux de poste existants étaient celui de Niort, ouvert en 1675, et celui de Mauzé, ouvert en 1690 en tant que relais sur la route de La Rochelle. Pour envoyer une lettre, il fallait envoyer un porteur vers l’un de ces bureaux, ce qui à l’époque était compliqué et très long.

Écurie de poste au XVIIe siècle
[source : Petite histoire de la poste en France]
Le facteur [source : La poste à Paris en 1653]

Le bureau de poste de Beauvoir
Durant le premier Empire, le 6 février 1807, un premier bureau avait ouvert à Beauvoir, mais il ne fonctionna que jusqu'en 1814. A cette époque, il y avait trois départs par semaine vers Saint-Jean-d’Angély : les mardi, vendredi et dimanche. Pour Niort c’était les lundi, jeudi et samedi. Un nouveau bureau fut ouvert en août 1832. D’abord bureau de distribution (ne pouvant pas effectuer de transactions commerciales), il devint bureau de direction en novembre 1845 (capable de gérer toutes les opérations postales). Plus tard, une route desservira Chizé à partir de Beauvoir, ce bureau ayant été ouvert en avril 1861.

Dans la lettre ci-dessous du 7 octobre 1832, A. Lemont (?), écrit de la Mirauderie, hameau de la Foye, à sa mère habitant à Fontenay-le-Comte. La lettre a été postée à Beauvoir, où l'on apposa le cachet linéaire du bureau de poste du bourg. Elle arriva le lendemain à Niort où elle reçut le grand cachet circulaire du bureau. On y parle du début des vendanges…

À l'époque, le département des Deux Sèvres portait le numéro 75.

En ce début de XIXème siècle, seuls les bureaux principaux étaient desservis. Le service de la Poste Rurale ne fut officialisé qu'en juin 1829, sous le roi Charles X, permettant à toutes les communes du Royaume de France, jusqu'à la plus petite, de bénéficier de la levée et de la distribution du courrier. 

Cette réforme fut mise en œuvre dès le premier avril 1830. En complément de la création de bureaux de distribution supplémentaires, il découle de cette loi l'installation de boîtes aux lettres dans les quelques 35 000 communes encore dépourvues de service postal. Pour le service de ces boîtes, 5 000 facteurs ruraux furent recrutés. 

À la Foye, il fallut attendre 1832 pour que ce service soit mis en place. Une première boite aux lettres fut installée au centre du bourg. Au bureau de poste de Beauvoir, des facteurs, à pied ou à cheval, furent recrutés pour parcourir les différentes communes du canton. La Foye était desservie tous les deux jours.

Dans le bourg, une boite aux lettres avait été installée avec à l’intérieur un cachet, qui devait être apposée sur le courrier lorsqu’il était ramassée, et qui permettait d’identifier le lieu. Ce cachet portait la lettre « F ». Plusieurs boites furent installées par la suite, qui porteront d’autres lettres.

Dans le courrier ci-dessous, datant de février 1838, Anatole Marchand, charron à La Foye, écrivait à un fournisseur de Fontenay-le-Comte. La lettre a été postée dans la boite « F » du bourg, où elle a été ramassée par le facteur. Elle fut ensuite remise au bureau de Beauvoir, avant d’être acheminée au bureau de Niort qui la porta à Fontenay.

Lettre "F" identifiant la boite, dans le petit cercle noir en bas à gauche,
le cachet du bureau de Beauvoir en haut à gauche,
et celui circulaire et plus large du bureau de Niort en haut à droite.

Le bureau de poste de Beauvoir a déménagé à plusieurs reprises. Au début des années 1900, il était situé sur la rue de Saint-Jean-d’Angély.

Bureau de poste à Beauvoir, ca 1900

La poste rurale
Parfois la lettre n’était pas postée dans la boite mais remise directement au facteur lors de sa tournée. Dans ce cas, il apposait son petit cachet rond « OR » (Origine Rurale), qu’il avait au fond de sa sacoche.

Dans la lettre ci-dessous, datant de mai 1851, Jean Chevalier, passant une commande de fil à broder à un marchand du Puy-de-Dôme, a mis la lettre dans la boite « B ». Par la suite, le facteur a rajouté son cachet « OR » avant de la ramener à Beauvoir, où elle a reçue le cachet circulaire du bureau de Poste.

Le "B" est à peine visible dans le cachet, que l'on distingue
à gauche de celui marqué "OR", dans les entrelacs de la calligraphie.

Dans cette lettre de février 1901 postée par la maison Birard, associée à Gouet, négociants en vins et eaux de vie, la lettre a été placée dans la boite « V » au centre du bourg.

Le cachet de la boite "V" est visible en bas au centre.

Extension aux hameaux de la commune
Dans les hameaux rattachés à la commune, des boites furent installées pour éviter aux expéditeurs de se rendre au bourg. De son coté, le facteur allongea sa tournée. Ces boites dites « supplémentaires », portaient la lettre de la boite principale du village, suivi d’un numéro attribué au fur et à mesure de leur création.

À partir de 1900, on trouvait ce type de boite au Grand-Bois, à Treillebois, puis au Puyroux. Comme précédemment, le facteur devait apposer le petit cachet présent à l’intérieur de la boite, lors du relevage du courrier.

Carte postée à la boite du Grand-Bois (Boite B/5)

En février 1911, le conseil demanda au directeur des postes de Beauvoir de modifier la tournée du facteur desservant La Foye. En effet celui-ci passait d’abord par Limouillas, puis Treillebois, avant de livrer le courrier du bourg, destinataire de presque toutes les lettres. Contrairement aux autres localités, il y avait un marché, un notaire et des commerçants. Cette demande fut accordée.

La Foye veut son bureau !
Au début de l’année 1911, Arthur Birard était maire de La Foye. Son commerce de vins et alcools nécessitait de nombreux courriers, et la liaison avec Beauvoir n’était pas pratique. Sachant que plusieurs bureaux avaient ouvert leurs portes dans les villages environnants, il soumit au conseil la demande d’ouverture d'un bureau de poste à la Foye. Le conseil était d’accord sur le principe mais voulu d'abord en connaître le coût. Une demande fut adressée à la direction des postes et à la préfecture.

Le 16 Juillet 1913 le ministère des postes, via le préfet, donna son aval à la création d’un établissement de facteur-receveur. Birard convoqua aussitôt une séance extraordinaire pour le  31 juillet. Il ne restait plus qu'à trouver un local correspondant aux normes réglementaires. Le choix du maire se porta sur une partie des locaux de la maison de Mlle Boyer, située à l’intersection de la rue d’Usseau à Beauvoir et de la Foye à Vallans. Mais avant de pouvoir l'occuper, il fallait y faire d’importants travaux d'aménagement, ce qui obligea la commune à signer un bail de longue durée. Un projet de bail fut rédigé auprès du notaire Cassereau, à Beauvoir.

À la réunion du 26 octobre 1913, le montant des travaux, estimé à 3 000 francs, fut jugé excessif par le conseil. Après délibération, le maire décida de faire construire un bureau sur le champ de foire (le terrain appartenant à la commune). 

En attendant, la municipalité dû trouver un local provisoire. Cette fois, c'est la maison de Ferdinand Châtain qui fut choisie, moyennant un loyer de 200 francs et la signature d'un bail de neuf ans. 

L’administration des postes valida le local après avoir ordonné quelques modifications. C’est donc dans un bâtiment provisoire que le premier bureau de poste ouvrit ses portes, le 15 novembre 1913.

On créa un cachet postal « Foye-Monjault » pour l’occasion, que l'on apposa dès lors sur les lettres. Le bureau était une « recette-distribution », c'est-à-dire qu’il ne pouvait pas, dans un premier temps, effectuer d'opérations commerciales.

Carte Postale de Mai 1914, quelques mois après l’ouverture du premier bureau.
À l’époque, on envoyait des courriers de La Foye vers le Grand-Bois.
Le cachet du bureau de la Foye comportait un cercle extérieur en pointillés,
indiquant qu'il était une recette-distribution.

La construction du nouveau bureau fut entreprise à la veille de la guerre.

Le bureau devait être une maison avec au rez-de-chaussée le local de poste, et à l’étage un logement pour le facteur-receveur et sa famille. Après validation du plan et devis de l’architecte, la municipalité contracta un emprunt de 12 000 francs, remboursable sous trente ans. Il fallait aussi déplacer la bascule communale, ce qui couterait 1 400 francs. Le 4 février 1914, après plusieurs discussions sur l’emplacement en haut ou en bas du champ de foire, le conseil lança un appel d'offres afin d'organiser les travaux. Quelques mois plus tard, la guerre mettait un terme au projet.

En juillet 1915, le conseil décida de relancer les travaux en régie. Au cours des deux années qui suivirent, il fallu financer des suppléments. La construction du bâtiment fut finalement achevée en 1917.

Lettre de Béziau, vétérinaire à La Foye, en août 1918.

Le poste téléphonique
Dès avant 1913, il se trouvait déjà un poste téléphonique au bourg. Le 23 novembre, le conseil décida de le transférer au bureau de poste. Le receveur demanda à être payé 150 francs par an pour ce service supplémentaire, incluant le portage des dépêches.

Mais de son coté, le forgeron Arsène Marchand se proposa d'assurer le même service pour 130 francs. Il obtint le poste, mais il était mobilisé en 1915. Après délibération, le conseil municipal décida de le remplacer par un dénommé Octave Migaud qui, profitant de la pénurie d'hommes, fut en mesure d'obtenir une rémunération de 200 francs par an.

Le télégraphe
Aussitôt inauguré, le nouveau bureau pouvait émettre des mandats, c'est-à-dire effectuer des ordres de virement via télégraphe.

Coupons de télégraphe émis au bureau de la Foye.

Dans les années 1940 le bureau était tenu par la famille Aubry, auxquels succédèrent les Baranger.

Courrier d'octobre 1945 à destination de Paris.
Courrier de novembre 1953 adressé à Zurich.

L'après-guerre
Le bureau vécu son âge d'or entre 1950 et 1970. Mais comme dans la plupart des villages, le volume de courrier se révéla insuffisant. Soumis aux contraintes de rentabilité, le bureau ferma ses portes. Il fut remplacé dans un premier temps par le passage hebdomadaire d’un fourgon ambulant, puis dans les années 1990 par un facteur en camionnette.

Bureau de poste de la Foye, ca 1940-50.
Bon de recouvrement datant des années 60.

Désormais les courriers ne portaient plus que le cachet du bureau de Beauvoir-sur-Niort.




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